Paris, mon cul !

Bars, restos et autres erreurs de jugement — un guide parfaitement inutile de la capitale.

40 rue Descartes, Paris 5e

Je suis allé deux fois au Bah Loulou.

La deuxième uniquement pour vérifier que la première n’était pas une hallucination provoquée par une bière frelatée.

Cétait pas le cas.

Le Bah Loulou, c’est un bar étudiant tellement étudiant qu’on s’attend à devoir présenter sa carte Imagine R pour commander.

La bière ne coûte rien, ce qui tombe bien puisqu’elle donne l’impression d’avoir déjà été bue une première fois.

Autour de vous, une quarantaine d’étudiants à la même coupe de cheveux hurlent simultanément des choses sans intérêt pendant qu’un malheureux serveur tente de faire circuler des pintes dans un espace prévu à l’origine pour stocker trois vélos.

La décoration semble avoir été réalisée avec un budget de 14 euros, un feutre Posca et le contenu d’une cave abandonnée après une mauvaise coloc’.

Tout colle.

Les tables collent. Le sol colle. Votre avant-bras colle mystérieusement au comptoir.

À ce stade, vous aussi faites partie du mobilier.

Après 22 heures, parler devient impossible. On communique donc comme dans une discothèque bombardée : gestes des mains, mouvements de sourcils et hurlements directement dans le conduit auditif de son interlocuteur.

Personne ne sait vraiment pourquoi il est là.

Mais la pinte n’est pas chère.

Voilà toute la philosophie du lieu.

On entre pauvre.

On ressort sourd, humide et avec la vague impression d’avoir passé deux heures dans la salle commune d’une résidence universitaire dont personne n’aurait appelé le gardien depuis 2009.

Le plus terrible ?

À vingt ans, j’aurais probablement adoré cet endroit.

Aujourd’hui, au bout de vingt minutes, j’avais simplement envie de rentrer chez moi, de prendre une douche et de consulter mes cotisations retraite.

Qu’on transforme le bar en laverie automatique : au moins, quelque chose en ressortira propre.

23 rue Mouffetard, Paris 5e

L’IPN est ce genre d’endroit qu’on ne choisit jamais vraiment.

On y échoue.

Généralement vers 2h40, après qu’un imbécile du groupe a prononcé : « Je connais un truc qui ferme tard rue Mouffetard. »

C’est ainsi que commencent les drames.

En haut : un bar quelconque. En bas : une cave où l’humanité vient terminer ce qu’il lui reste de dignité.

La clientèle que je constate lors de ma visite est composée d’une faune type Erasmus ivres, de groupes d’anniversaire ayant perdu deux membres en route et de types en chemise qui dansent avec la détermination de pères divorcés.

La musique, elle, semble appliquer une politique simple : si le morceau a déjà été diffusé lors d’un mariage à Melun en 2017, il est éligible.

On vient pour « boire un dernier verre ». Trois heures plus tard, on hurle Freed From Desire sous terre avec un Belge nommé Thomas dont personne ne connaît le nom de famille.

L’établissement proposerait également karaoké, blind tests, fléchettes, quiz et autres animations, comme si la direction avait décidé qu’un simple débit de boissons ne suffisait pas et qu’il fallait recréer un centre de loisirs municipal pour adultes alcoolisés.

Le plus inquiétant reste que les gens semblent contents.

Ils dansent. Ils chantent. Ils reviennent.

Certains mettent même cinq étoiles.

À ce stade, ce n’est plus de l’hôtellerie : c’est le syndrome de Stockholm avec happy hour.

À six heures, on ressort dans la rue Mouffetard au doux parfum des baguettes qui cuisent et des rejets de crêpes-champi au Jägermeister sur lesquelles on manque de glisser, pendant que Paris s’éveille.

Les boulangers travaillent. Les oiseaux chantent. Vous sentez la bière, la cave et l’échec.

Et pourtant, quelques semaines plus tard, un ami demande :

« On va où après ? »

Vous réfléchissez.

Puis vous dites :

« Je connais un truc qui ferme tard rue Mouffetard. »

Qu’on mure la cave et qu’on abandonne les clés dans la Seine.

Il y a quelques années, Paris à chier avait eu l’excellente idée de traiter Paris comme elle le mérite : avec amour, mauvaise foi et un mépris parfaitement assumé.

Le blog s’est arrêté de manière abrupte.

La connerie, elle, non.

Depuis, Paris a encore perfectionné son art de vendre trop cher des trucs moyens dans des endroits décorés par des gens qui pensent qu’une ampoule nue constitue une personnalité.

Il fallait donc reprendre le flambeau.

Paris mon cul n’est pas une suite officielle.

Plutôt un hommage un peu bâtard.

Ici, pas de « pépites ». Pas de « concepts ». Pas de « lieux incontournables ».

Si c’est nul, on dira que c’est nul.

Si c’est bien mais prétentieux, on se foutra quand même de sa gueule.

Et si c’est excellent, on trouvera probablement autre chose à lui reprocher.

Les adresses sont vraies.

La mauvaise foi aussi.

Bienvenue à Paris. Malheureusement.