BAH LOULOU

40 rue Descartes, Paris 5e
Je suis allé deux fois au Bah Loulou.
La deuxième uniquement pour vérifier que la première n’était pas une hallucination provoquée par une bière frelatée.
Cétait pas le cas.
Le Bah Loulou, c’est un bar étudiant tellement étudiant qu’on s’attend à devoir présenter sa carte Imagine R pour commander.
La bière ne coûte rien, ce qui tombe bien puisqu’elle donne l’impression d’avoir déjà été bue une première fois.
Autour de vous, une quarantaine d’étudiants à la même coupe de cheveux hurlent simultanément des choses sans intérêt pendant qu’un malheureux serveur tente de faire circuler des pintes dans un espace prévu à l’origine pour stocker trois vélos.
La décoration semble avoir été réalisée avec un budget de 14 euros, un feutre Posca et le contenu d’une cave abandonnée après une mauvaise coloc’.
Tout colle.
Les tables collent. Le sol colle. Votre avant-bras colle mystérieusement au comptoir.
À ce stade, vous aussi faites partie du mobilier.
Après 22 heures, parler devient impossible. On communique donc comme dans une discothèque bombardée : gestes des mains, mouvements de sourcils et hurlements directement dans le conduit auditif de son interlocuteur.
Personne ne sait vraiment pourquoi il est là.
Mais la pinte n’est pas chère.
Voilà toute la philosophie du lieu.
On entre pauvre.
On ressort sourd, humide et avec la vague impression d’avoir passé deux heures dans la salle commune d’une résidence universitaire dont personne n’aurait appelé le gardien depuis 2009.
Le plus terrible ?
À vingt ans, j’aurais probablement adoré cet endroit.
Aujourd’hui, au bout de vingt minutes, j’avais simplement envie de rentrer chez moi, de prendre une douche et de consulter mes cotisations retraite.
Qu’on transforme le bar en laverie automatique : au moins, quelque chose en ressortira propre.