L’IPN
23 rue Mouffetard, Paris 5e
L’IPN est ce genre d’endroit qu’on ne choisit jamais vraiment.
On y échoue.
Généralement vers 2h40, après qu’un imbécile du groupe a prononcé : « Je connais un truc qui ferme tard rue Mouffetard. »
C’est ainsi que commencent les drames.
En haut : un bar quelconque. En bas : une cave où l’humanité vient terminer ce qu’il lui reste de dignité.
La clientèle que je constate lors de ma visite est composée d’une faune type Erasmus ivres, de groupes d’anniversaire ayant perdu deux membres en route et de types en chemise qui dansent avec la détermination de pères divorcés.
La musique, elle, semble appliquer une politique simple : si le morceau a déjà été diffusé lors d’un mariage à Melun en 2017, il est éligible.
On vient pour « boire un dernier verre ». Trois heures plus tard, on hurle Freed From Desire sous terre avec un Belge nommé Thomas dont personne ne connaît le nom de famille.
L’établissement proposerait également karaoké, blind tests, fléchettes, quiz et autres animations, comme si la direction avait décidé qu’un simple débit de boissons ne suffisait pas et qu’il fallait recréer un centre de loisirs municipal pour adultes alcoolisés.
Le plus inquiétant reste que les gens semblent contents.
Ils dansent. Ils chantent. Ils reviennent.
Certains mettent même cinq étoiles.
À ce stade, ce n’est plus de l’hôtellerie : c’est le syndrome de Stockholm avec happy hour.
À six heures, on ressort dans la rue Mouffetard au doux parfum des baguettes qui cuisent et des rejets de crêpes-champi au Jägermeister sur lesquelles on manque de glisser, pendant que Paris s’éveille.
Les boulangers travaillent. Les oiseaux chantent. Vous sentez la bière, la cave et l’échec.
Et pourtant, quelques semaines plus tard, un ami demande :
« On va où après ? »
Vous réfléchissez.
Puis vous dites :
« Je connais un truc qui ferme tard rue Mouffetard. »
Qu’on mure la cave et qu’on abandonne les clés dans la Seine.